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Thursday, January 31, 2008

Nouvelle littérature ?

La création littéraire dans les blogues est rare. Les gens qui écrivent des poèmes pratiquent souvent l’écriture automatique et le font, la plupart du temps, de façon carrément maladroite. Loin de nous de prétendre qu’on ne peut trouver quelques perles rares dans cet océan - mais le fait reste qu’une grande majorité de blogues sont victimes de leur facilité.

Parmi les blogues de création littéraire intéressants, nous avons souvent trouvé qu’une volonté de "refaire" ce qui a déjà été fait en littérature : des romans-feuilletons sous forme de blogues, des "photo-romans", etc. Les blogues qui tentent d’exploiter les spécificités du médium ne sont que des exceptions.
C'est la conclusion d'une étude menée par Valérie Cools et Alexandre Béland-Bernard au cours de l'été 2006. Ces deux universitaires ont cherché à déterminer si une nouvelle forme de littérature était en voie d’émerger à travers les blogues francophones. Ils ont répertorié 501 blogs, au total, et, en ont décrit 297.

Les enseignements, que ces deux chercheurs tirent de leur enquête suivie d'une analyse, collent parfaitement à l'idée que je me fais de la création littéraire sur les blogs: nulle ou quasiment nulle, malgré un nombre assez important de bloggers qui aimeraient être considérés comme de véritables auteurs de fiction romanesque.

Mais, malheureusement, pour V. Cools et A. Béland-Bernard, le constat est accablant: "Les billets semblent souvent improvisés, écrits à la sauvette, comme en témoignent les fautes de frappe, d’orthographe et de mise en page que nous avons trouvées, même dans les blogues d’écrivains ou d’écrivains aspirants. Nous avions souvent l’impression que les blogues servent littéralement de carnets de brouillons."

Hé bien, mis à part quelques très rares exceptions - car il m'est arrivé de lire quelques blogs dont les auteurs soignaient leurs publications -, je ne peux qu'être d'accord avec ce rapport universitaire.

Quand je pense que certains bloggers se montent la tête jusqu'à imaginer qu'il sont à deux doigts du prix Nobel de littérature parce que, régulièrement, dix crétins les encouragent par leurs commentaires à se prendre pour des génies... ça m'attriste.

Wednesday, January 23, 2008

Phatique

Il est évident que les billets que je rédige en ce moment ne sont pas lus et ne le seront probablement jamais. Il ne seront pas lus tant que je n'aurais pas fait la promotion de ce blog, ne serait-ce qu'en allant commenter sur des blogs qui sont déjà assez fréquentés. Et, si je suis persuadé que ces premiers billets resteront lettres mortes à l'avenir, c'est parce que les bloggers ont généralement pour habitude de s'en tenir à la lecture du dernier billet posté. Trouver un commentaire sur une page qui n'est pas la première page du blog est quelque chose de tout à fait exceptionnel.

Je suppose que la plupart des lecteurs qui commentent le font avec l'espoir que leurs commentaires seront lus par un maximum de personnes. Ils ne commentent pas simplement pour ajouter une pierre à l'édifice des billets construits par l'auteur d'un blog. Ils ne le font pas pour relancer le processus discursif, analytique et compléter une réflexion sur un sujet ou un thème donné mis en place par le rédacteur.

Non. La plupart des bloggers commentent pour faire savoir qu'ils existent, qu'ils sont en ligne. Ce qui fait que, rapidement, même si l'auteur d'un blog avait initialement la ferme intention de faire passer de l'information, au bout de quelques temps, son blog ne sera plus alimenté que pour ses fonctions phatique et conative, faisant passer au second plan les fonctions référentielle et expressive, selon la classification de Roman Jakobson.

Quant à la fonction poétique des blogs, c'est certainement la chose la moins prise en compte par les bloggers qui restent sur les sentiers battus du langage et de la langue dans laquelle ils s'expriment. Très peu de bloggers ont une réelle connaissance de la poésie. La "poésie", telle que l'entend la majeure partie des rédacteurs en ligne, est certainement le domaine où l'on trouve la pire soupe de toute la bloggosphere francophone. Ce qui reflète, là encore, l'état désastreux de la culture française et met en lumière de terribles faiblesses sur le plan de l'imagination, du rêve, de l'ouverture au monde.

Saturday, January 19, 2008

Baudruches

Il y a mille & une manières de tenir un blog, mais je me rends compte qu'il me faut, pour ma part, en distinguer principalement deux : blogger pour soi et blogger pour un lectorat. Bien entendu ces deux manières ne s'excluent pas l'une de l'autre. En rédigeant pour soi, on garde à l'esprit qu'en publiant ensuite sur le Net, il est probable que quelqu'un lise le texte. Même ceux qui prétendent rédiger un carnet intime n'écrivent certainement pas de la même façon depuis l'avènement du blog. D'autres écrivent avec l'espoir qu'ils seront lus par le plus grand nombre et perdent de vue qu'écrire, c'est avant tout écrire pour soi.

On écrit pour soi, même si on a l'intention de ne faire partager qu'une simple information. Puisque donner à lire telle chose et non telle autre, relève déjà d'un choix subjectif. Ce choix, qu'on le veuille ou non, dit quelque chose sur l'auteur de billet, même si celui-ci s'est bien gardé de se mettre en scène, d'exposer son opinion et ne relate que des événements sur le mode factuel ou transcrit des données scientifiques, des informations techniques, sportives, artistiques, politiques, etc..

Or, les blogs sont bien loin d'être écrits avec la volonté de faire passer la subjectivité de l'auteur en arrière plan. Généralement, c'est l'inverse qui se produit. La bloggosphere est l'endroit idéal pour muscler son ego. A un tel point qu'il est presque impossible d'échapper à cette forme de culturisme. D'autant plus, quand le blogger commence à fidéliser un certain nombre de lecteurs. Beaucoup ne sont pas préparés à encaisser le succès, quelqu'en soit sa forme et bien que ce succès soit très relatif. Aussi, on peut observer, agrippée sur la Toile, une quantité impressionnante de baudruches, les voir enfler et se débattre dans des situations risquées pour leur amour-propre, leur misérable construction identitaire reposant sur un blog et menaçant de s'écrouler à tout moment.

Allez, dites le moi, vous aussi vous en connaissez de ces bloggers pitoyables, ces gens qui se lancent dans une fuite éperdue pour se faire connaître, ceux qui courent après leur ombre virtuelle, n'est-ce pas ?